Samedi 9 janvier 2010
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Publié dans : Adultes
Noël est arrivé, ainsi que les cadeaux
qui vont avec... et à force de suggestion très fine "oh que j'aimerai avoir tous les livres de Jean Echenoz", eh bien j'en ai eu une partie. Comme quoi, la subtilité, ça
paye!
Et dans le lot, Jérôme Lindon. Ce n'est pas un
roman, plutôt un dernier hommage. Pas vraiment un portrait, plutôt un recueil d'anecdotes. Ce n'est pas le texte à plus grande valeur littéraire de cet auteur, il n'en a pas même la prétention.
C'est un texte simple, qui parle d'un homme pas simple, Jérôme Lindon. Un texte qui nous présente des moments de la vie, des facettes de la personnalité de ce Monsieur de l'édition. Un homme
dur et généreux, un homme qui croyait en la littérature de qualité et qui fut l'éditeur de Jean Echenoz, qui a cru en lui et en d'autres grands auteurs alors que les autres maisons d'édition
refusaient leurs manuscrits.
Pour parler un peu plus longuement du personnage:
Jérôme Lindon était un résistant dans l'âme. Jeune homme, il rejoint le
mouvement de résistance Combat et prend le maquis. En 1948, à seulement 23 ans, il prend les rennes des Editions de Minuit et continue à résister. Il incarnera dans le monde du livre
l'anticonformisme et la contestation littéraire.
La politique de la maison est de publier des auteurs prestigieux mais pas
forcément vendeur. Jérôme Lindon déclare même avoir été en crise financière jusqu'en 1956. Samuel Beckett dit de Lindon, quand celui-ci accepta de publier Molloy : "il
est sympathique ce jeune homme, quand je pense qu'il va faire faillite à cause moi"!
Ainsi, il a été l'inventeur du nouveau roman, en publiant des auteurs tels
que Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet ou encore Samuel Beckett.
En 1958, les Editions de Minuit vont jusqu'à éditer La
Question d'Henri Alleg, qui dénonce les tortures pratiquées par les français lors de la guerre d'Algérie. Le livre est interdit.
Jusqu'au bout Jérôme Lindon se sera battu pour la loi sur le prix unique du
livre, dont il est à l'origine. Il aura mené son combat au côté des librairies indépendantes, qu'il soutenait.
Jérôme Lindon recherchait la qualité littéraire et l'innovation avant la
rentabilité à court terme et bien lui en a pris. Sa maison d'édition, aujourd'hui reprise par Irène, sa fille, est toujours bien en vie et publie de grands auteurs tels que Jean-philippe
Toussaint, Antoine Volodine, Christian Oster, Christian Gailly... et tant d'autres que je vous conseille leur site internet. C'est là: Editions de
Minuit
Le texte de Jean Echenoz, lui, nous parle de l'homme, dans une presque
intimité. Son caractère, des détails. Certains détails touchants, d'autres qui ont sans doute contribuer à son succès. Ses manies, son caractère intransigeant et passionné. L'émotion de l'auteur,
à la perte de son éditeur, transparaît tout au long du récit.
Petit extrait, qui m'a particulièrement marquée: "Qu'on n'aille pas croire que
cet est froid, cassant, autoritaire, inaffectif, que sais-je, c'est tout le contraire. C'est juste qu'il s'émeut, qu'il se moque, qu'il s'enflamme et se réjouit autant qu'il peut s'indigner et se
révolter. Qu'on ne pense pas non plus qu'il n'est pas sympathique, la questio n'est pas là, c'est un homme parfaitement aimable. La question, c'est qu'il a autre chose à faire qu'à être
sympathique, la sympathie n'est pas son souci."
Je ne mettrais pas plus d'extrait, le texte est déjà court.
Pour écouter un interview de Jérôme Lindon à propos de Samuel Beckett, lors de l'obtention par celui-ci du Prix Nobel de littérature: c'est là
Sur cette photo:
Des auteurs du nouveau roman, entourant Jérôme Lindon
Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Jérôme Lindon, Robert
Pinget, Samuel Beckett, Nathalie Sarraute, Claude Ollier
photo: Mario Dondero 1959
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